Pour deux milliards de femmes et de filles dans le monde, les règles sont une réalité chaque mois. Et pourtant, en parler reste encore très tabou.

Les efforts déployés pour éviter de mentionner le mot règle sont représentatifs de la gêne éprouvée par notre société envers quelque chose qui, après tout, n’est rien qu’un peu de sang. Combien de fois entendez-vous des femmes – et des hommes – utiliser des expressions pour parler des règles de manière indirecte ?

Chaque pays possède ses propres expressions argotiques et euphémismes. Au Royaume-Uni, il est courant d’employer le mot « malédiction » pour s’y référer. En Suède, on évoque souvent la « Ligonveckan » (semaine des airelles) pour parler des règles. En France, on utilise l’expression pour le moins étrange « Les Anglais ont débarqué ». Et en Finlande, l’expression peu flatteuse « hullum lechman tauti » (maladie de la vache folle).

Les femmes ont pour habitude de cacher leurs serviettes hygiéniques et leurs tampons à la maison, et les dissimulent dans des étuis discrets quand elles se déplacent. Et cela, parce qu’elles ne veulent pas que les autres sachent qu’elles ont leurs règles. Et pourtant, personne n’est gêné par le besoin tout aussi normal et naturel d’uriner. Par exemple, personne n’éprouve le besoin de dissimuler le papier toilette.

Alors pourquoi les règles sont-elles aussi taboues ? Peut-être parce que, historiquement, elles ont été largement incomprises et craintes – ce qui a entraîné des mythes assez fous. Le naturaliste romain Pline l’Ancien a écrit que le sang des règles avait le pouvoir de faire pourrir la nourriture et les boissons, détruire les récoltes, ternir les miroirs, rouiller le métal et dissiper les tempêtes de grêle. Et même en 1878, le British Medical Journal a imprimé des commentaires de médecins convaincus que si des femmes indisposées touchaient de la viande, elle risquait de s’avarier.

Aussi surprenant que cela paraisse, le mythe selon lequel une femme qui a ses règles est impure continue de subsister dans certaines cultures. Les règles continuent d’être vilipendées dans de nombreux pays du monde entier.

Même en Occident, une certaine gêne subsiste autour des discussions relatives aux règles, surtout chez les garçons et les hommes. Une étude américaine [1] réalisée en 1983 révélait que presque toutes les filles aux États-Unis pensaient qu’elles ne devaient pas parler de leurs règles avec les garçons. Et plus d’un tiers estimait qu’il était inapproprié d’en discuter avec leur père. Une trentaine d’années après cette étude, les femmes ont toujours du mal à en parler.

Alors que peut faire Nana pour aider à briser ces tabous et aider les femmes à rompre le silence ? Eh bien, s’il y a une catégorie de femmes qui peut changer les choses et initier un progrès, c’est celui des plus jeunes. Historiquement, les adolescentes ont démontré qu’elles sont des « perturbatrices linguistiques », des innovatrices qui inventent des nouveaux mots propres à elles, mots qui finissent par trouver une place dans la langue de tous les jours.

Alors si elles font évoluer la langue, pourquoi ne pourraient-elles pas également faire évoluer les mentalités dans ce domaine ? Nana pourrait-elle encourager plus de communication autour des règles en donnant aux femmes jeunes les outils qui leur permettraient d’en parler librement et ouvertement ? Et si l’on permettait aux jeunes femmes de partager leurs expériences via la langue mondiale qui connaît la plus forte expansion actuellement, la langue universelle des émojis ?

Pour la génération Z, c’est-à-dire les jeunes nés au milieu des années 90 et après, qui ont grandi dans un monde numérique, la capacité à communiquer rapidement par SMS, Snapchat ou émojis vient naturellement.

Saisir de longues phrases peut représenter trop d’effort, quand une seule image transmet ce que vous ressentez en quelques secondes. Alors les gens utilisent de plus en plus les symboles pour communiquer leurs émotions – un cœur, un clin d’œil, un sourire. Les émojis ont d’ailleurs envahi la culture des jeunes à tel point que l’Oxford University Press a déclaré en 2015 que l’emoji « Visage avec des larmes de joie » était le « mot de l’année ».

Mais quand Nana a exploré le clavier émoji d’Unicode, elle s’est aperçue que les femmes, sans parler des règles, étaient largement sous-représentées. On trouvait seulement des stéréotypes comme une mariée avec un voile et une danseuse de flamenco en robe rouge. Cela manquait clairement de variété.

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y avait pas non plus d’émoji pour le mot « règles », alors les femmes devaient faire preuve d’imagination et utiliser les émojis existants comme [émoji visage en colère] ou même [émoji volcan en éruption]. Cinq émojis sur le thème des règles ont été créés pour que les femmes et les filles puissent parler spécifiquement des règles. Les fémojis traduisent l’intégralité des petits tracas liés aux règles. Ces icônes teintées d’humour permettent aux filles d’exprimer leurs sentiments d’une manière qui leur soit naturelle.

« Les règles sont un processus naturel, mais nous vivons dans une société où nous cachons nos serviettes hygiéniques dans nos manches de pull, où les images où l’on voit des taches de sang sont éliminées des médias sociaux et où les sportives professionnelles britanniques sont réticentes à parler de l’impact de leurs règles sur leurs performances », affirme la directrice marketing de SCA au Royaume-Uni, Nicola Coronado. « En bref, les règles restent un sujet tabou (au Royaume-Uni). Nous voulons briser ce tabou en générant plus de conversations autour de ce sujet potentiellement embarrassant. »

Avec un peu de persévérance, les femojis feront bientôt, nous l’espérons, partie intégrante de notre langue universelle. Si nous commençons à parler des règles de manière plus positive, au lieu de parler uniquement des aspects négatifs, alors elles ont beaucoup plus de chance de devenir un sujet de conversation ordinaire. Parce qu'un sujet qui touche la moitié de la population chaque mois ne devrait pas être tabou.

[1] Croyances et attitudes des jeunes filles concernant les règles (L R Williams, 1983)

Les efforts déployés pour éviter de mentionner le mot règle sont représentatifs de la gêne éprouvée par notre société envers quelque chose qui, après tout, n’est rien qu’un peu de sang.